Comme notre index plante et que je ne trouve pas le problème, j'incruste ce petit moteur de recherche qui devrait vous permettre de trouver ce que vous souhaitez !
hit counter
Alors tous ceux qui sont intéressé pour se lancer dans un fastidieux travail de classement pour établir leur liste de cette décennie de 2000 à 2009 en passant par toutes les années entre ces deux dates sont cordialement invité à établir des tops. Vous pouvez voter en laissant un commentaire soit sur Asiaphilie où vous pouvez aller aux urnes sur le Temps du Cinéma, qui est l'organisateur de ce top ou encore voter chez Anna.
Alors rappelez vous : 20 films pour les années 2000 la blogosphère a besoin de vous, prouvez que l'on demeure encore ce fameux 5eme pouvoir qui fera trembler les plus grands magazines ciné... Votez !
A titre indicatif voici mon (Nostalgic du Cool) top. Donc voila c'est après une longue réflexion émaillée de frustrations et de dilemmes insurmontables que j'établis ce top dont je suis déjà insatisfait tant il me semble que j'oublie des choses et que le classement est mouvant... Enfin au moins il y en a 20 c'est déjà ça... Donc cela donne :
1-Kill Bill (Tarantino)
2-Match Point (Allen)
3-Aniki Mon frère (Kitano)
4-Parle Avec Elle (Almodovar)
5-Mystic River (Eastwood)
6-2046 (Wong Kar Wai)
7-Last Life in the Universe (Ratanaruang)
8-No Man's Land (Danis Tanovic)
9-Printemps été automne hiver et printemps (Kim Ki Duk)
10-La 25eme heure ( Spike Lee)
11-Labyrinthe de Pan (Guillermo Del Toro)
12-American Beauty (Mendes)
13-Lost In Translation (Sofia Coppola)
14-Le Voyage de Chihiro (Miyazaki)
15-Memories of Murder (Bong Joon Ho)
16-The Dark Knight (Nolan)
17-La Famille Tenenbaum (Wes Anderson)
18-The Wrestler (Aronofsky)
19-O'Brother (les Frères Coen)
20-Two Lovers (James Gray)
Il devrait y être mais y'a pas assez de place pour 20 lignes : Inglorious Basterds(Tarantino), Le vent se lève (Ken Loach), History of Violence (Cronenberg), Millenium Mambo (Hou Hsiao Hsien), Be With me (Eric Khoo), Eternal Sunshine of the Spotless Mind (Gondry), Old Boy, Lady Vengeance ( Park Chan Vook), les Infiltrés (Scorsese), L'Assassinat de Jesse James par le Lache Robert Ford (Dominik), Les Fils de l'Homme (Cuaron)... et plein d'autres car la liste est longue et sans compter ceux que j'ai certainement scandaleusement oublié...
Il arrive qu’il y est des films à côté desquels tout le monde passe. Comme si tout le monde, public comme critique, étaient pris subitement d’amnésie totale, ou qu’un trou noir sorti dont ne sait où venait cacher à tous ces perles rares, qu’on finit par déterrer et par découvrir avec une totale incompréhension : car oui, après avoir vu « The Passenger », film qui vient fraîchement de sortir en DVD, mais datant de 2006, on se demande bien qu’est ce qu’on foutait à l’époque où il est sorti dans les salles et qu’on l'a loupé, aveugle comme une taupe…En tout cas, mieux vaut tard que jamais, d’où cette petite chronique.
« The Passenger » est le premier film écrit et réalisé par François Rotger, un canadien au passé des plus brumeux, qui s’inspire ici de son expérience personnelle pour son film. On y suit les destinées croisées de personnages, perdus entre le Canada et le Japon, vivant comme ils peuvent, tentant de survivre au sein d’un monde urbain hostile et glacial. Parmi eux se trouve Kohji, un jeune japonais, ancien yakuza déchu après avoir sauté la fille du patron, Hiroko, avec laquelle il entretenait une idylle. Quelques années plus tard, celui-ci est à la rue et survie en se prostituant…C’est alors que Sando, son ancien chef, fait appel à lui après qu’un de ses partenaires du Canada, un certain Tanner, l’ait agressé et s’est emparé d’une somme d’argent assez importante. Kohji doit donc partir au Canada, traquer et assassiner Tanner, et en cas de réussite, il pourra retourner avec Hiroko…

Les histoires les plus simples sont souvent les meilleures : « The Passenger » nous le prouve bel et bien une nouvelle fois, avec cette histoire pourtant tant et tant rabâchée du gangster qui chercher à retrouver son honneur et son amour après avoir niqué la sacro-sainte « fille du patron ». Mais focaliser l’action sur cette simple ligne dramatique serait très réducteur, « The Passenger » étant finalement non pas un film narratif, qui suit une ligne scénaristique précise, mais un polar contemplatif qui se construit à travers des ramifications étendues que sont les errances désordonnées et confuses de ses personnages. Aussi, loin de devenir un énième film de genre parmi tant d’autres, « The Passenger » devient une expérience sensorielle et intime assez fabuleuse et bluffante, appuyée par une mise en scène en état de grâce, perdue à mi-chemin entre deux pays que l’on aurait jamais pensé réunir en un seul film : le Canada et le Japon. Pari tout à fait ambitieux que de filmer dans ces deux endroits à priori totalement étrangers et opposés l’un et l’autre, la force de la mise en scène de Rotger réside dans le fait de ne pas sombrer dans les clichés de carte postale que nous avons tous à l’esprit (un Canada enneigé avec un caribou sur la plaine, et un Japon tout droit sorti d’une pub pour déodorant Obao….) mais au contraire, de faire de ces deux lieux en vérité un seul : un enfer urbain, moderne et uniforme, omniprésent et immuable.
Captés par une caméra à
l’épaule, constamment en mouvement, agitée, nerveuse et confuse,
mais aussi parfois d’une fixité maladive, les banlieues urbaines
et industrielles des deux pays témoignent de cette « glaciation »
(comme le dirait un Michael Haneke) générale du monde, cette
uniformisation et cette déshumanisation en phase terminale de la
société, prison de béton et de fer de laquelle les personnages
tentent de s’affranchir et se libérer. Le tout offre le tableau
d’un univers aseptisé, clinique, accentué par des paysages glacés
par la lumière fragile et aveuglante de l’hiver et une neige
omniprésente. On pourrait presque y voir un monde
post-apocalyptique, mais dont les effets de l’apocalypse sont
invisibles à l’œil nu. La destruction n’est pas extérieure et
matérielle, mais elle réside à l’intérieur de l’existence de
chaque personnage, déjà perdu, déjà mort et désincarné, mais
tentant vainement de retourner à la vie (comme le montre cette image
finale de Kohji, à genoux, tentant de briser la glace pour se laver
de ses pêchés)…

Ainsi un des thèmes centraux de
ce film, c’est la lutte, cette lutte acharnée et aveugle des
hommes à vivre, à l’image de ces chiens de courses que l’ont
aperçoit lors du générique de début, bêtes affolées et
surexcitées, qui courent les uns à côté des autres avec
acharnement pour arriver premier…..sans trop savoir pourquoi et
dans quel but ! Cette image intense et violente, donnera le ton
à un film marqué par l’errance, inexplicable, sans but, vaine
d’hommes et de femmes en lutte avec l’existence. Kohji, prêt à
tout pour récupérer sa belle, Sando, qui court après son argent,
Tanner, qui veut essuyer ses dettes, et surtout le personnage de Viv,
ex-femme de Tanner, magnifiquement interprétée par Gabrielle
Lazure, femme qui cache une violence et une hystérie sourde,
cherchant désespérément jusqu’à l’acharnement et
l’autodestruction à ne pas vieillir, à ralentir les inévitables
effets du temps. Bref, chaque personnage incarne cette même
absurdité de la condition humaine, cette vanité et surtout cette
vacuité, comme le montrera le coup de théâtre final, cerise sur le
gâteau d’une peinture d’une existence insignifiante et absurde.
Aussi, ce qui captive, c’est cette mise en scène du vide, du
néant, omniprésent derrière chaque plan, palpable, et fascinant.
Vide affectif, vide de sens, incompréhension et perte de repère,
Rotger porte un regard d’une profonde désillusion, pessimiste,
même clairement nihiliste, sur le monde, et en même temps, et c’est
ce qui est le plus effrayant, un regard à la lucidité effroyable,
clair et assuré.

Ainsi, d’une simple histoire de film noir, François Rotger produit un récit initiatique, métaphysique et philosophique prodigieux, riche, et qui tient en à peine 1h30…une telle efficacité ne tient que des plus grands cinéastes. Appuyé par une interprétation impeccable (avec une mention spéciale pour Gabrielle Lazure et notamment Ryo Kase, effrayant dans le rôle du yakuza Akira, dont l’apparence juvénile et angélique détone par une folie meurtrière intérieur immense) et une B.O. soignée, atmosphérique, avec des morceaux électroniques, et parfois originaux (celle-ci a d’ailleurs été primée au festival de Rotterdam à juste titre) composée par Olivia B. Merilahti et Dan Lévy, François Rotger a produit un film d’une maîtrise parfaite et d’une maturité bluffante pour une première œuvre.
Alors vous savez ce qui vous reste à faire : rattrapez le temps perdu, et faites déguster à votre rétine un film tel que « The Passenger ».
En tout cas, on souhaite à François Rotger une carrière longue et passionnante, à la mesure du coup de point fulgurant que constitue son premier long-métrage.
Ichimonji

Triangle, c'est un film incompris. Je l'ai vu très en retard, avec en tête les très mauvaises critiques reçues dès sa présentation au festival de Cannes en 2007. Et ben je me suis régalé ! Ce n'est pas du tout ce à qui on s'attend, certes, ce n'est pas un joyau, ce n'est pas trois fois mieux qu'un To, trois fois plus jouissif qu'un Tsui Hark, trois fois plus drôle qu'un Lam, mais c'est un pur moment de détente et de bonheur, avec de très bons acteurs.

Je ne sais pas trop ce à quoi s'attendait les critiques et les spectateurs, ce en quoi ils ont été déçus, mais moi qui ne m'attendait plus trop à rien après avoir lu leurs réactions, je suis passé de surprise en surprise, d'étonnements en étonnements. Avant de développer, il faudrait peut être que j'explique un peu sur quel principe repose la bête: Ces trois réalisateurs de génie se sont lancés dans l'idée, un peu loufoque et folle, de claquer 5 millions de dollars dans un petit délire de leur cru. Evidemment c'est Papa To qui produit avec Milkyway, alors on peut faire ce qu'on veut. Chacun devait réaliser 30 minutes de film. Hark d'abord, puis Lam et enfin To. Chacun ignorant ce que les autres feraient. Une sorte de cadavre exquis au ciné en quelques sorte. Le synopsis couramment fournit avec le film laisse penser que c'est un thriller, un film policier, une sorte peut être de Ocean Eleven à la chinoise. En fait c'est de ce dernier que le film se rapproche à la limite le plus, par le coté bouffon et stars en pagailles.

Mais ce ne serait qu'une vague ressemblance. Si le début est assez classique, avec ces scènes ou l'on est un peu perdu, ou semble se dessiner un casse, une intrigue foisonnante, la suite ne cesse de nous surprendre et de nous laisser sur le cul. Assez logique quand on y pense, chacun ayant travaillé dans son coin. Il ne faut donc pas imaginer une collaboration homogène et continue entre les trois réalisateurs, mais plutôt un joyeux bordel, jouissif sans doute pour les réalisateurs, un peu déroutant pour le spectateur non préparé, même si très vite, pour peu qu'on se laisse aller, on se prend à rire des délires des trois compères. Des personnages plus étranges les uns que les autres apparaissent au fur et à mesure, l'intrigue par dans un sens, puis fait machine arrière, bifurque, reprend, s'arrête complètement pour ré-accélérer dans un final détonnant. Ce qui lie les trois parties, outre une base scénaristique commune, c'est le talent des acteurs, qui ont sur donner une trame, mêler le caractère des réalisateurs en un seul film, qui garde au final un aspect assez uni, du moins relativement à la façon de le tourner. Au final je suis donc plutôt agréablement surpris par ce film, qui bien qu'assez loin du chef d'oeuvre, vaut largement mieux que ce que les critiques en disent généralement. C'est un polar jouissif et délirant, dans le plus pur produit de la tradition Hongkongaise. Ne vous attendez pas à du Hitchckock et vous ne serez pas déçus par les maîtres du film made in HK !
Carcharoth
Avec Louis Koo, Simon Yam, Honglei Sun, ...
Année de production : 2007


Comme on peut s'en douter avec Park Chan Wook, la réalisation est passablement sanglante (et quoi de plus normal dans ce genre de film, qui plus est asiatique), l'hémoglobine gicle tarantinesquement, le sang coule par litres, les veines sont tranchées gouluments, parfois au court d'ébats quasi sexuels (ou carrément sexuels). C'est une débauche de bacchanales dionysiaques ; mais à trop débaucher, le prêtre à des accès de mauvaise consciences, témoignages de son ancienne cure. L'une d'elle notamment, lorsque le couple, se faisant passer pour des gens tranquilles invite d'anciens amis pour une partie de mah jong. Mais ces derniers découvrent le pot aux roses, et se font égorger aussi sec par la compagne de l'ex prêtre, déchainée. La scène ou elle rigole en imitant la mièvrerie de l'une des invités est tout bonnement démoniaque ! Un vrai régal, ou un sacré frisson ! Pour le reste le film est bien construit, il passe très bien et vite, pour peu que l'on soit bien assis. La photographie, le jeu des acteurs, la musique ; rien n'est négligé, tout est bon. le flot de sang peut en révulser plus d'un, mais après tout, c'est un film de vampire... La fin est surprenante, comme nous le disions à l'opposé de la vision romantique et sexy du vampirisme, se rapprochant peut être plus de ce que Anne Rice est son Lestat décrivaient (j'ai bien dit rapprochant, pas équivalent). Song Kang Ho montre encore une fois qu'il est capable de tout jouer, et pas seulement les idiots bedonnants. Shin ha Kyun, on le savait déjà, est un grand acteur ; quand à la jeune femme qui leur donne la réplique, Kim Ok vin, elle semble posséder un potentiel plus qu'intéressant, elle qui sans être débutante était plutôt habituée aux séries télé. Est ce son talent ou celui de la réalisation, l'avenir nous le dira.
Que dire de plus, sinon que c'est un film à voir, spécial pour le genre, surprenant et troublant.
Carcharoth
Et maintenant, comme promis, la contre critique d'Ichimonji !
Inutile de présenter le cinéaste coréen Park Chan-Wook, réalisateur ultra connu qui a su se faire respecter et reconnaître de la cinéphilie la plus exigeante et intellectuelle « art et essai » comme aussi d’un grand public friand de films à sensation forte, violents et pervers…
D’abord avec « JSA : Joint Security Area » en 2000, le bougre avait su démontrer qu’il était un faiseur de spectacle, de bon spectacle, engagé politiquement mais aussi emprunt d’une volonté de toucher un large public. D’où un record au box-office coréen qui a fait date, surpassant « Titanic » et faisant parti au coté d’autres métrages d’une affirmation de cette nouvelle vitalité du cinéma coréen en ce début de XXIème siècle. 2002 est une année charnière dans la filmographie de Park, et un véritable tournant avec le polémique et terrifiant « Sympathy for mister Vengeance », film ultra violent, glaçant, sans limites, qui à travers le destin en miroir de deux personnages pris dans une quête de vengeance, tissait en filigrane un portrait effroyable de la société moderne. C’est aussi le premier volet d’une trilogie aujourd’hui passée au rang de culte, centrée autour du thème directeur de la Vengeance, autour duquel Park Chan-Wook, ancien étudiant en philosophie, construisait diverses réflexions vastes et audacieuses sur la moralité, le Mal et le péché, la rédemption, la nature humaine, la société, l’incommunicabilité entre les êtres, et la peinture d’un monde chaotique, déshumanisé, vidé de sa substance et de ses valeurs, et réduit à un état de perversion sans retour…S’ensuit ainsi deux autres volets, « Old Boy » qui est pour Park la consécration absolue de sa carrière avec notamment le fameux Grand Prix décerné à Cannes en 2004 par le président Quentin Tarantino (et qui a fait parlé de lui…), et au final « Lady Vengeance », chapitre conclusif très réussi mais qui a néanmoins reçut un accueil des plus mitigé parmi les critiques et le public.

Après cette épopée des plus éprouvante pour Park Chan-Wook, une petite récréation s’imposait, comme en témoigne la bouffée d’air frais et doucement folle que constitue « I’m a cyborg but that’ok », comédie loufoque racontant une histoire d’amour entre deux patients dans un hôpital psychiatrique…. Là aussi, le succès n’est pas au rendez-vous et les critiques commencent à parler d’une perte d’inspiration et d’une traversée du désert pour l’ami Park depuis « Lady Vengeance »…
S’en suit maintenant 2009 qui, pour sûr, constituera là aussi une date des plus importante dans la filmographie du coréen, avec son dernier petit monstre « Thirst, ceci est mon sang », qui fit la surprise de tous sur la croisette en recevant de la part d’un jury particulièrement prestigieux (citons entre autre l’américain James Gray, le turc Nuri Bilge Ceylan, le coréen Lee Chang-Dong, la pulpeuse actrice hongkongaise Shu Qui et aussi bien entendu notre Isabelle Huppert nationale, rien que ça !) un prix du Jury partagé avec « Fish Tank » de la réalisatrice britannique Andrea Arnold. Ce prix marque bien sans doute un nouvel élan dans la carrière de Park même si cela n’empêche qu’il continue toujours de diviser…..ou plutôt dirons-nous qu’il ne laisse personne indifférent !
Aussi voyons de quoi il retourne : Sang-Hyun est un prêtre catholique dévoué, dont la foi est inébranlable. Sage et paisible, c’est un homme bon et généreux qui dédie sa vie entière à aider les autres et à les soulager dans leurs tourments et leur peine. Contre l’avis de ses collègues et du dirigeant de son abbaye, celui-ci se porte volontaire pour tester un vaccin contre une maladie inconnue et étrange qui ravage le continent africain. Lors du test, celui-ci succombe tout naturellement à la maladie, mais une transfusion sanguine d’origine inconnue le ramène subitement et miraculeusement à la vie. De retour en Corée, il est adulé par les croyants comme un homme capable d’accomplir des miracles et des exploits divins. Cependant, Sang-Hyun se voit petit à petit se transformer, changer, notamment ses sens qui s’aiguisent et semblent hypersensibles à l’environnement….La situation se complique lorsqu’il devient la proie de pulsions violentes et subites, inextricables et qui le saisissent la nuit.

C’est alors que parmi les gens qui viennent le voir « en pèlerinage » dirons-nous, Sang-Hyun retrouve son ami d’enfance Kang-Woo, et sa femme Tae-Joo, maltraitée par sa belle-mère et asservie par son mari, malade incurable et puéril dont elle doit s’occuper comme d’un enfant. Les deux jeunes gens s’éprennent d’une passion commune et sauvage qui va les pousser aux limites de la morale, de l’humanité et de la raison…. A la lecture du scénario, on est absolument bluffé par l’extrême simplicité de l’intrigue, et en même temps le génie de celle-ci, avec une utilisation du mythe du vampire tant et tant rabâché, mais ici exploré à merveille et dans toute la richesse de ses problématiques et ambiguïtés. Tout est là…..mais cependant si tout est là, il n’en sera malheureusement rien du film, qui, s’il part sur une excellente lancée, dérape dans les moments les plus importants de l’intrigue, c’est-à-dire les gros virages, que Park ignore totalement et préfère continuer sa ligne droite à toute berzingue pour ensuite se vautrer dans le mur. Car oui, disons le dès maintenant pour ne pas maintenir un suspense inutile, « Thirst » est un chef d’œuvre raté et terriblement frustrant.
Le film démarre avec une séquence plutôt réussie qui pose bien les bases de l’histoire : nous sommes dans une salle d’hôpital et un homme est en train d’agoniser. Celui-ci se confesse une ultime fois au prêtre Sang-Hyun, qui l’écoute tranquillement, un sourire angélique et apaisé sur le visage, plein d’amour et de bonté. L’homme lui confesse qu’une fois il avait acheté une gourmandise mais qu’il y a renoncé lorsqu’il a croisé des enfants affamés dans la rue. « Est-ce que Dieu sauras s’en rappeler ? » demande t’il au prêtre, et à ce dernier de répondre, tout aussi rayonnant « Mon fils, Dieu se rappelle de tout »….L’homme a une attaque. Générosité, amour, Bien, humanisme, pardon et rédemption, pêché et monstruosité, tels sont les thèmes socles de l’histoire, et de notre personnage, lesquels doivent bien sur voler en éclats…..ce qui ne sera finalement pas le cas, Park Chan-Wook préférant écarter d’un grand coup de bras tout ce « blabla philosophico intellectuel de pédale » (sans doute ne l’a-t-il pas formulé ainsi mais bon ça revient à ça !) et préfère plutôt se focaliser finalement sur ce qu’il y avait de mois intéressant dans l’histoire, justement la fameuse histoire de vampire le sang plein les babines et dont l’entrejambe lui démange sacrément…..Exit les questionnements moraux, la remise en question de la foi et l’humanisme du personnage, exit la réflexion sur la condition humaine, mais bonjour la belle orgie de plus de 2 heures où on filme des massacres à répétition, de toute les manières possibles et imaginables, les parties de jambes en l’air cul-cul à « l’érotisme » (avec des gros guillemets s’il vous plait) qui n’échaufferait que des pré-puberts de 14 ans, et des sous-intrigues tordues, très souvent bouffonnes et inutiles, ne faisant qu’office de remplissage et de complexification narrative et scénaristique….pour rien.
Le tableau général fait donc l’office d’un grand vide, non seulement sur le fond, mais pire encore sur la forme qui devient extrêmement lassante et même consternante du fait d’un humour lourdaud, pipi-caca (on a connu quand même plus fin qu’un Shin Ha-Kyun qui se met à lâcher un prout alors qu’il est à table…) et des acteurs qui, s’ils sont plutôt bons, jouent dans le mauvais film (un Song Kang-Ho impeccable mais au personnage mal écrit et une Kim Ok-Vin à la plastique superbe certes, mais dont le personnage sombre dans la platitude parfaite…En gros elle n’est là que pour échauffer le public et simuler l’orgasme pendant deux heures ….). Encore aurions-nous eu au final un bon film de genre vampirique qui tient la route, mais là aussi, la déception s’impose : « Thirst » n’a ni le lyrisme et le romanesque sublime d’un « Entretien avec un Vampire » de Neil Jordan, ni la classe et l’esthétisme baroque et érotique d’un « Dracula » de Francis Ford Coppola.

L’ensemble constitue un exercice de style, un film de genre peu passionnant et ennuyeux dont l’intérêt n’est que la répétition de séquences extrêmes et choquantes (et pourtant on n’atteint pas l’horreur totale et chaotique de la trilogie vengeresse de Park) filmés par une caméra virtuose, mais dont la virtuosité est totalement vaine et prétentieuse. On connaissait pourtant Park comme un véritable esthète….mais là, à force de trop d’esthétisme, on vire au canular, et la plastique du film se rapproche plus du décor Ikea, que du véritable travail de plasticien de talent. Pour couronner le tout, le film, qui se veut une libre adaptation du roman d’Emile Zola, « Thérèse Raquin » se sert plus de cette idée comme d’un véritable prétexte, comme d’un espèce de gadget intellectuel pour décorer…Bien sûr on retrouve la trame de l’adultère, du meurtre passionnel et de la culpabilité, mais cette trame ne représente que 30 à 40 minutes sur un film de plus de 2 heures….et la culpabilité des personnages est d’autant plus étonnante qu’elle n’est que passagère et se dissipe on ne sait comment, engloutie par une autre sous-intrigue inutile, comme un chat cache sa crotte avec de la terre en un coup de patte…On ne retrouve à aucun moment le climat d’hystérie lourde et sauvage du livre, ni la violence et la perversité de l’histoire, encore moins un portrait social consistant et intéressant (exploit que Park avait accompli dans « Sympathy for Mister Vengeance » en conjuguant film de genre ultra-violent à un portrait social saisissant et extrêmement lucide). Certes d’une certaine manière pouvons-nous y voir une parabole sur le pourrissement des valeurs, et la violence des relations humaines au sein d’une société et d’un monde où générosité, humanisme, et Amour ne sont plus que des enveloppes sans consistance, mais quand bien même, on ne retrouve cette idée que de manière résiduelle, cachée dans les quelques détours labyrinthiques d’un film qui se perd en lui-même…
Aussi « Thirst » s’achève sur une fin pathos, pseudo rédemption inexpliquée, avec notamment le personnage de Tae-Ju, qui de femme vampire assoiffée de sang et prédatrice sans pitié dont la violence est mue par les années et les années d’enfermement et de mépris subies par sa famille, redevient gentille comme une héroïne de dessin animé, fin totalement incohérente et peu inspirée où les amants s’envoient à la mort, au cours d’une scène d’un romantisme forcé…
Ainsi, quelques heures après avoir vu le film et l’avoir un peu digéré, on se demande bien ce qu’on peu retenir de « Thirst »….Et bien un grand vide, une belle enveloppe creuse et prétentieuse, finalement plus embarrassante qu’autre chose.
A oublier de toute urgence, parce que « Thirst », ceci est un bide….
Ichimonji (Note **)
Thirst ceci est mon sang, un anti Twilight jouissif et baroque, manifeste de l'excès.
Et bien il n'aura pas fait l'unanimité ce Thirst de Park Chan Wook, il aura déçu certains surpris d'autres. Moi je fais partie de la deuxième catégorie, voire plus, moi je ne crains pas l'exagération et j'affirme avoir été ébloui par ce film qui est l'une des propositions de cinéma les plus folles et sensationnelles que j'ai vu depuis un moment. En ces temps de retour à un certain puritanisme (mouvement qu'incarne bien Twilight appelé aussi Saga du désir interdit...) de rigueur et d'austérité cinématographique (Le Ruban Blanc avec son noir et blanc sévère et son moralisme intransigeant) ou de fausse subversion et pseudo provocation j'ai trouvé fort agréable de découvrir ce Thirst délire visuel ahurissant, d'une puissance et d'une sincérité frappante. Une œuvre parfois inégale, incohérente, un projet casse gueule qui ose l'excès, l'outrance parfois le cliché mais pour moi cela ne tombe pas dans le ridicule ou le grotesque comme l'ont pensé certains mais cela penche plutôt vers une audace provocatrice, une certaine envie d'absolu sans concession, un film de tous les excès totalement assumé. En effet j'ai eu la sensation que le réalisateur n'a rien voulu lâcher, ne pas se brider conservant au plan formel un style flamboyant, esthétisant, baroque sans jamais sacrifier la richesse thématique de son sujet, osant le mélange des genres, des styles, osant l'incohérence, l'illogisme osant perdre son spectateur le déstabiliser pour mieux le toucher, Thirst frise avec le ridicule pour mieux toucher au sublime. C'est donc un pari risqué, qui peut étourdir le spectateur plutôt que l'enchanter, une œuvre brute, surprenante et enivrante.
Bref une excellente surprise, Park Chan Wook a encore su me surprendre en assumant cette OVNI cinématographique en cohérence avec une filmographie qui se permet de plus en plus de liberté, de folie, de baroque. Thirts m'a offert certains de mes plus beaux frissons de l'année avec des plans enlevés, aériens à couper le souffle, d'une poésie étrange, ou encore avec la sensualité troublante de son actrice principale la sublime et envoutante Kim Ok-Bin dont le personnage blessé et rebelle, être de toutes les transgressions physiques, sexuelles et morales, m'a totalement conquis. Voilà je n'ai presque pas envie de parler du fond tant il est foisonnant, délirant, parfois dissonant mais extrêmement riche flirtant avec de nombreux genres, suivant un temps les thèmes classiques du film de vampire (acceptation, tentation, excès) pour ensuite aller se perdre ailleurs . Un temps dans l'adaptation avec Thèrèse Raquin le temps de portraits croustillants de la société, avant de s'interroger sur la religion et son rapport au désir quel qu'il soit, en effet chacun des religieux du film semble rechercher ardemment quelque chose. Personnellement le traitement ici du désir, de la passion, d'une manière fiévreuse, fébrile m'a beaucoup plu Park explorant sans complexe et sans retenue ce sujet sensible, d'autant plus délicat que le personnage principal est un prêtre, mais il évite de tomber dans la provoc' gratuite pour nous plonger dans les affres psychologiques de son personnage, prisonnier autant de ses désirs que de ses principes. Il y aurait beaucoup à dire sur les nombreux segments du film qui s'emboitent par une étrange magie donnant une étonnante cohérence à ce film insolite, bouillonnant mais entier, intense qui embrasse beaucoup de sujet dans un tourbillon réflexif parfois inachevé mais souvent fascinant.

Finalement je crois que le secret de la réussite (enfin selon moi) du film tient à sa forme superbe. La mise en scène est étourdissante, colorée, parfois surchargée mais toujours débordante d'imagination, d'envie, elle réussit à gommer les baisses de rythmes, à effacer les incohérences mais aussi à sublimer certaines scènes leur donnant un souffle, une puissante déstabilisante et enivrante. La photo très colorée parfois saturée, la musique virevoltante pleine de violons de fureur, de lyrisme sont parfaitement à l'image de ce film intense, outrancier, sans concession toujours en quête de plans époustouflants de dérapages contrôlés, d'excès magnifiques. Mais la virtuosité du réalisateur ne fait pas tout et il faut saluer les incroyables prestations des acteurs à commencer par Song Kang Ho. Et bien il n'est pas mon acteur préféré pour rien encore une fois il casse la baraque dans un rôle qui ne semblait pourtant pas fait pour lui, ainsi loin du cliché du vampire beau, cynique et ténébreux à la Lestat Song Kang Ho apporte une étonnante fragilité à son personnage un peu dépassé par ce qu'il est, s'adaptant à tous les registres il est toujours d'une impeccable justesse apportant crédibilité à son improbable personnage. Shin Ha Kyun est aussi très bon dans son rôle d'idiot ahuri et ridicule, mais surtout c'est Kim Ok-Bin qui m'a transporté. D'un charme insolent, hypnotique, dégageant une incroyable énergie sensuelle, elle est aussi fascinante que son personnage de femme blessée/femme fatale est complexe, elle est la révélation du film.

Voilà un enthousiasme total et d'une absolue subjectivité mais j'ai totalement adhérer à cette incroyable proposition de cinéma. Thirst est un film qui m'a transporté comme rarement effaçant ainsi toutes ses faiblesses scénaristiques, un film osé, d'une beauté baroque, foutraque mais puissante. Pour moi une grande œuvre, alors bravo Monsieur Park, Thirst ceci est votre sang, vos tripes, votre style mis à nu avec fureur et envie, excès et talent, ceci est un vibrant manifeste d'amour au cinéma, ceci est génial tout simplement.
Nostalgic du Cool (note **** à l'aise)
Avec Song Kang-Ho, Kim Ok-vin, Kim Hae-Sook, ...
Année de production : 2008







